Au commencement
Nourrisson
est un état qui aurait parfaitement dû convenir au degré de "poliotude" de
notre héros. En effet, comment aurait-il pu prouver toute l'ampleur de
cette malédiction en étant si faible et si dépendant ? Et pourtant,
l'histoire de Polioman a ceci d'exceptionnel qu'elle prouve une bonne fois
pour toute que la nature fait bien mal les choses des fois...
Enfin, tout est une question de point de vue aussi. Fée Malchance pensait
qu'elle avait remarquablement réussi son coup, et du haut de son nuage (où
elle se remettait des légères blessures causées par sa rencontre inopinée
avec une météorite d'assez bonne taille ; Fée Malchance se consolait en se
disant que la météorite aurait pu causer de sérieux dégâts si elle ne
l'avait pas désintégrée en la heurtant de plein fouet - en effet, les fées
ont un corps très dense... Vous allez me dire, mais alors, l'avion qu'elle
tamponne dans le prologue, il aurait dû partir en fumée ?? Oui bon, c'est
pas censé être crédible non plus :)), du haut de son nuage donc, elle
était en passe de croire que ce garçon était le chef-d'oeuvre de sa
vie.
Quant à la jeune mère, elle ne savait plus trop à quel saint se vouer. Elle se rendait compte que quelque chose clochait avec son fils, mais ne parvenait pas à décider de quoi il s'agissait. En effet, les objets de toute sorte avaient la fâcheuse habitude de tomber ou de se casser lorsque le nourrisson se trouvait dans les parages. C'est ainsi qu'un matin, elle avait retrouvé son fils endormi dans son lit à barreaux, sous une une bonne couche de débris de verre. La fenêtre de sa chambre s'était brisée, elle se demandait bien comment (Fée Malchance aurait pu lui expliquer... Il s'agissait d'un petit morceau de la météorite dont elle avait fait connaissance, qui avait fracassé la vitre), et le verre s'était répandu dans la pièce. Enfin pas exactement, le verre s'était quasi intégralement retrouvé dans le berceau... Poutant celui-ci était à l'opposé de la fenêtre... Complètement affolée, elle avait extrait le bébé du petit lit, se coupant copieusement au passage, et l'avait inspecté sous toutes les coutures. La grenouillère était en lambeaux, mais le bébé n'avait aucune blessure, ce qui plongea sa pauvre mère dans la perplexité la plus totale. Elle était bien évidemment soulagée, mais... ce n'était pas normal .
Mais
beaucoup de choses concernant son fils n'étaient pas normales. C'était un
bébé facile à vivre, qui ne rechignait pas à manger ni à dormir, qui
pleurait peu et qui semblait très éveillé. Il n'était pas avare de
sourires et gazouillait constamment. Pourtant un tas de choses
inexplicables se produisaient. Elle ne comptait plus les fois où elle
l'avait retrouvé dans son lit, complètement entortillé dans sa couverture,
à moitié étranglé, ou suffoquant sous une grosse peluche Pikachu qu'elle
était pourtant sûre d'avoir vu hors du lit au moment du coucher. Et je ne
parle même pas du nombre incalculable de fois où elle l'avait trouvé hors
du lit... Elle avait d'ailleurs pris l'habitude de placer une bonne couche
de coussins autour du lit, au cas où...
Un jour qu'elle changeait son fils sur la table de la cuisine, il se mit à
faire pipi d'un jet étonnamment puissant. Mûe d'un réflexe bien naturel,
elle s'écarta, et le jet d'urine atterrit sur la radio qui passait un air
d'un certain Gilles Luka. La radio fut court-circuitée, et les plombs de
toute la maison sautèrent. Puis la radio prit feu, mais comme le bébé
continuait d'uriner, le feu s'éteignit sous le jet, sans avoir vraiment
pris.
Tous ces évènements qui s'enchaînent de façon si exagérée, si peu naturelle, mettaient les nerfs des jeunes parents à rude épreuve. Car le père de Polioman avait eu son lot d'épisodes bizarres avec son fils (un jour que sa femme était partie faire des courses, il avait retrouvé le bébé dans son parc, couché à côté d'une boule de bowling qui était censée se trouver dans la pièce à côté, dans un sac, avec les affaires qu'il avait préparé pour jouer le soir-même. Il s'était dit : "mais bien sûr, et la prochaine fois ça sera quoi ? Une enclume ??"). Pour la plupart, il n'osait les raconter à sa femme, sachant que celle-ci paniquerait rétrospectivement. Lorsqu'ils en discutaient entre eux, ils essayaient de minimiser tout ça, et parvenaient même à en rire (finalement rien de fâcheux n'était arrivé), en finissant sur cette phrase : "c'est vraiment pas de bol"... Mon dieu, comme ils avaient raison. Ils pensaient tout deux que ça s'arrangerait avec le temps. Mon dieu, comme ils avaient tort.
C'est ainsi que, cahin-caha, Polioman commença son chemin dans la vie, et que, vers l'âge de un an, il fit ses premiers pas... Mais ceci est une autre histoire :)